28.02.2008

Chevalier de Méré

Chevalier de Méré - Un volume d'œuvres complètes permet de redécouvrir la figure attachante de ce théoricien du savoir-vivre et de «l'art de plaire»au Grand Siècle.

Chaque époque, au long de l'histoire, chaque civilisation engendre un personnage qui est comme un concentré, un résumé de l'idée qu'elle se fait de l'homme. Quelque chose comme un portrait corrigé : ressemblant mais arrangé, les défauts (ce qu'on croit alors être des défauts) atténués, les qualités (ce qu'on croit tel) légèrement soulignées. C'est vrai et c'est faux, d'autant plus vrai qu'un peu faussé. Quel était le modèle du malin marin grec ? Ulysse ? Celui du parfait chevalier ? Bayard, sans peur et sans reproche ? Pour la Renaissance, c'est clair : tout le monde s'est reconnu dans Baldassare Castiglione. On s'est identifié à lui, on a rêvé de ressembler à cette image idéale. Il a écrit tout au long de sa vie un unique ouvrage, Il Cortegiano, qu'il ne faut pas traduire par « le courtisan », ni par « l'homme de cour », ce que nos contemporains comprendraient de travers, mais par « le parfait homme digne de vivre dans la plus belle cour du monde  », ou quelque chose comme cela. Cet ouvrage fut réédité cent fois, traduit dans toutes les langues, et comme Castiglioneétait l'ami de Raphaël, nous avons un portraitau Louvre, doux, aimable, amical, touchant.

Le chevalier de Méré a tenté quelque chose du même ordre au XVIIe siècle, un peu plus lourd, un peu plus contourné, mais non moins instructif. Et justement : c'est peut-être dans la mesure où la pâte s'est faite plus forte, où la pensée s'enrobe dans de longues phrases à incidentes et à subordonnées enchaînées, qu'elle est une « image vraie » de ce que ce siècle aimait de lui-même. On ne sait pas beaucoup de choses sur le chevalier, mais ce n'est pas grave, puisqu'il n'est qu'un miroir. De petite noblesse (pas trop haute, c'est mieux ainsi) provinciale (pas trop parisienne, c'est bien), élève des jésuites (c'est parfait), chevalier de Malte, ce qui l'amène à batailler (mais pas trop), courtisan mais à peine, ami de Guez de Balzac etde quelques dames, mais sur la pointe des pieds (Mme de Rambouillet, Mme de La Fayette,Mme de Sévigné, et point de précieuses), il est juste assez en deçà de tout pour pouvoir en projeter une image rêvée d'un peu loin.

Il a connu aussi Pascal, ce qui étonne davantage : mais ce n'est pas le janséniste, l'auteur des Pensées ni des Provinciales: c'est le Pascal «d'avant», l'homme du monde et le savant.

 

Un idéal dans le contrôle de soi

Le chevalier de Méré n'est pas un génie, mais c'est mieux ainsi : un génie est incontrôlable et disproportionné. Son idéal réside au contraire tout entier dans le «contrôle» (de soi) et dans la « proportion » (de ce qu'on dit, de ce qu'on tait), afin d'être un « honnête homme ». Un « honnête homme », au XVIIe siècle, ce n'était pas du tout ce que nous appelons un homme « honnête », qui ne triche pas, ne vole pas et ne ment pas. L'« honnêteté  », c'était un indéfinissable mélangede savoir-vivre, de culture bien assimilée mais pas trop pesante, d'amabilité sans condescendance, d'à-propos, d'esprit de repartie mais sans insistance. « Ce qui rend agréable, ce qui fait qu'on est bien aise d'écouter un homme, c'est quand il nous rend heureux, ou qu'il nous empêche d'être aussi malheureux que nous étions. » Tout tient à peu près dans ces quelques mots. Cela paraît facile : ce l'est moins qu'on ne le pense. Il faut beaucoup travailler. Méré le sait. De la conversation, Discours sur la justesse, Des agréments, De l'esprit, De la conversation (encore…), De la vraie honnêteté, pour finir. Toute une vie à se poser des questions sur la meilleure façon d'être « honnête homme ». Et pour arriver à ces conclusions qui paraissent si simples. Écoutez, c'est merveilleux…

«Quelqu'un disait à une Dame:“Que faut-il que je fasse pour vous persuader que je vous aime ? Il me faut aimer, lui dit-elle, et je n'en doutera i plus.” » En lisant le chevalier de Méré avec un peu de constance, on a le sentiment d'entrer, à petits pas, dans ce qu'aimait, ce qu'attendait, ce qu'espérait un contemporain de Mme de Sévigné ou de Mme de La Fayette. C'est un monde mental si éloigné de notre idéal de vivacité, de spontanéité, de liberté (de paroles, d'actes, de pensées) qu'il faut du temps pour y pénétrer et pour comprendreque le sien était tout de retenue, de considération pour l'autre à qui l'on parle, puisque tout est dans la conversation en ce temps-là. Si vous êtes heureux et gai, ne le montrez pas trop : s'il est malheureux, cela lui fera de la peine. Si vous êtes triste, cachez-le un peu : s'il est heureux, cela diminuerason bonheur… Mais s'il convient de « paraîtrehonnête homme en toute rencontre, pour le paraître, il faut l'être en effet ». Ces derniers mots contiennent le vrai secret, celui qui sépare « l'honnête homme » du simple courtisan. Se pourrait-il que leur auteur les tienne de ses conversations avec Pascal ? À lire le chevalier de Méré, on est conduit à regarderun peu plus loin dans cette « honnêteté » du temps du Roi-Soleil, où une femme disait que pour lui faire croire qu'on l'aimait, il fallait l'aimer.
Œuvres complètes du chevalier de Méré Texte établi et présenté par Charles-Henri Boudhors Préface de Patrick Dandrey Klincksieck, 646p., 45€.

Philippe Beaussant - Le Figaro (28 02 2008)

24.02.2008

Côte basque.

Pour arriver en littérature, disait Berl, une seule recette : dire très haut qu'on a du génie. Ca marche. Vous le répétez inlassablement, et, à la fin, on vous croit. Ils ont tous fait ça : Breton, Aragon, Malraux, Claudel... Je me souviens, nous étions sur la côte basque lorsque Malraux est venu nous lire le manuscrit de La Condition humaine. Il y avait là Drieu, moi, etc. Tous nous avions trouvé ça très mauvais et nous étions accablés. Mais Malraux ensuite, a crié si fort que c'était génial que tout le monde l'a cru. Tout le monde ! (Un temps) Pourtant, ça ne vaut rien.

Patrick Rambaud - Libération (23 et 24 février 2008) - rapportant un extrait des Croquis de mémoire de Jean Cau

 

Et vint le temps où on commença à trouver du charme aux vieux cons.

Il (Pierre Messmer) 80 ans, venait de se remarier et se sentait guilleret. Un ancien de la Résistance à Londres l'aborde : Pierre! Tu me reconnais? - Bien sûr... Ils papotent. Messmer n'a aucun indice sur l'identité de ce bonhomme qu'il a rencontré un demi-siècle plus tôt, qunad celui-ci tend un livre : Allez Pierre, mets-moi un mot. Comment s'en sortir avec élégance. Messmer tente une ruse : Ton nom à une orthographe un peu compliqué, il s'écrit comment déjà? Et l'autre répond : Avec deux L.

Patrick Rambaud - Libération (23 et 24 février 2008) 

08.02.2008

Burgalat.

le seul mal qu'a fait la Star Ac, c'est de servir de repoussoir, de légitimer des disques médiocres par le simple fait qu'ils ne venaient pas de la télé-réalité. C'est un peu comme dans les années 80, quand la non appartenance au Front National donnait une certaine profondeur à des individus du calibre de Michel Noir ou Philippe Douste-Blazy.

Je trouve que passé un certain seuil plus on exerce une activité intéressante, moins on devrait être payé. Ca ne vaut pas le coup de gagner beaucoup d'argent si c'est pour poser des livres d'art sur une table basse, faire décorer des maisons et acheter des croûtes à la FIAC. Je suis peut-être trop élitiste pour croire aux élites sociales.

 Entretien donné par B. Burgalat à Valeurs Actuelles (08.02.2008)

 

07.02.2008

Académie Française.

Si les académiciens avaient, chaque matin, à biner ensemble un vaste champ de patates, il est sûr qu’ils seraient plus pressés de dégoter du renfort. Mais là, il s’agit juste de trouver un nouveau membre pour le club de la causette. Un membre qu’il faudra supporter jusqu’à la fin de ses jours, alors autant ne pas prendre un emmerdeur.

Edouard Launet - Libération (07 02 2008) 

 

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