16.11.2007
Nungesser et Coli victimes d’Al Capone
l y a quatre-vingts ans disparaissaient les aviateurs Nungesser et Coli. Ils n’ont jamais été retrouvés. Auraient-ils été abattus au large de Saint-Pierre-et-Miquelon après s’être déroutés de leur itinéraire vers New York ? Avec L’Oiseau blanc, leur monomoteur, ils tentaient de traverser l’Atlantique sans escale. À l’époque de la prohibition, ces pilotes pourraient avoir été mêlés, involontairement, à un règlement de comptes de la mafia américaine.
L’Oiseau blanc a-t-il été tiré comme un pigeon ? La disparition du gros monomoteur de Charles Nungesser, as des as de la grande guerre, et de François Coli, son navigateur, ancien de la Marine, reste une énigme. Des témoignages recueillis récemment, qui ont survécu à des décennies de chape de plomb, valident l’hypothèse selon laquelle les Français auraient été témoins de trafics liés à la prohibition, avant de disparaître entre Terre-Neuve et Saint-Pierre. Le 8 mai 1927 à l’aube, treize jours avant la traversée victorieuse de Lindbergh, l’équipage français décolle du Bourget. Le vent d’est, favorable, pousse l’avion vers l’Amérique. Le défi passionne les foules de part et d’autre de l’Atlantique, fait la une des journaux. Déjà, deux industries aéronautiques s’affrontent, en avant-première du match Airbus-Boeing d’aujourd’hui. Le biplan est aperçu au-dessus d’Étretat, puis de l’Irlande. L’analyse des conditions météorologiques la nuit suivante laisse penser que l’avion a contourné le mauvais temps par le nord, mettant le cap sur les phares du détroit de Belle-Isle, à l’embouchure du Saint-Laurent. L’avion disparaît. Les recherches se sont ensuite essentiellement polarisées vers l’État du Maine. Sans résultat. Sans envisager réellement d’autres possibilités. L’Oiseau blanc a décollé avec 3800 litres de carburant, de quoi voler entre trente-deux et trente-cinq heures à 160 km/h. En fin de nuit, Nungesser et Coli découvrent une barrière de nuages. Le monomoteur n’est pas équipé pour voler aux instruments. Il est impossible de survoler Terre-Neuve au risque de se crasher sur le relief montagneux. D’où cette question : les deux aventuriers ont-ils pris une route sud à basse altitude sous la grisaille, le long de la côte ? Bernard Decré, créateur du Tour de France à la voile, lui-même pilote, défend cette option. En plusieurs années d’enquête, il découvre qu’une dizaine de témoins ont vu ou entendu un avion au sud de Terre-Neuve le 9 mai 1927 dont un juge, un membre du Parlement ou encore le capitaine du destroyer canadien Le Devoir. Pourquoi se contente-t-on des versions officielles de la disparition en Manche ou dans les forêts américaines ? « Certains témoins n’étaient pas censés être là où volait, à basse altitude, L’Oiseau blanc » , explique Decré. En ce printemps 1927, la prohibition bat son plein. Les eaux frontalières avec les États-Unis sont fréquentées par les trafiquants qui font la navette entre Saint-Pierre-et-Miquelon et la rive du Saint-Laurent. De fausses fermes avec accès directs au fleuve par des souterrains permettent de gagner directement des réserves où est stocké l’alcool. La contrebande dispose déjà de ces bateaux qu’on appelle « cigarettes », ces fins runabouts propulsés par des moteurs surpuissants, toujours utilisés aujourd’hui par les trafiquants de drogue aux Caraïbes. Les bootleggers, à la solde des gangs, naviguent aussi sur des embarcations moins rapides mais armés de mitrailleuses à peine camouflées. Le trafic est fort rentable. Saint-Pierre-et-Miquelon, premier client des caves rémoises, importe alors cinq millions de bouteilles de champagne par an. C’est beaucoup pour une population de moins de 5 000 habitants ! Aux grandes heures de l’interdiction américaine de l’alcool, les fortunes locales doivent plus au transport illicite qu’à la pêche sur les bancs de Terre-Neuve. Certains morutiers à voile gardent leurs équipements de pêche en trompe l’oeil, mais les fûts amarrés sur le pont contiennent des bouteilles cachées par une couche de poissons. L’archipel devient un énorme entrepôt de vins et spiritueux. Les taxes de débarquement, même minimes, rendent florissantes les finances locales. La mafia contrôle l’activité. Al Capone surveille ses troupes et rend régulièrement visite aux dirigeants de la chambre de commerce. À l’époque, le « parrain » réside au Robert, l’un des plus anciens hôtels de Saint-Pierre, qui conserve pieusement le canotier offert par le truand. Généreux, Al Capone fit même un don à l’évêque pour la réfection de la cathédrale. Le témoignage d’un mousse basque, relatant le passage d’un avion le long de Terre-Neuve, avait été retrouvé par Marcel Jullian. L’ancien président d’Antenne 2, aujourd’hui disparu, passionné par l’histoire des pionniers de l’aviation, s’appuyait sur l’interview d’un commandant de trois-mâts de Granville. Il y expliquait pourquoi ce jeune marin était resté longtemps silencieux : par peur pour sa vie, car son bateau transportait de l’alcool. Dans la brume, Charles Nungesser et François Coli découvrent donc ce navire et tournent autour pour se signaler. L’avion n’a pas embarqué d’émetteur radio, trop lourd. Or, les pilotes veulent amerrir près d’un port. C’est plausible sur la mer d’huile de ce jour-là. L’Oiseau blanc n’est pas un hydravion mais un appareil « marinisé ». Le fuselage, étanche, doit permettre de flotter en rade de New York pour aller jusqu’à une grue à quai. Le train d’atterrissage a été largué peu après le décollage. De « vrais » pêcheurs ont aussi entendu le monomoteur. Entre Terre-Neuve et Saint-Pierre, Nungesser et Coli ont-ils survolé un autre trafiquant qui aurait eu la gâchette facile ? En cette période où les gangs se disputent le contrôle des trafics, la tension atteint son paroxysme. La présence d’Al Capone dans les parages rend ses équipes nerveuses, prêtes à éliminer tout témoin indésirable ou concurrent éventuel. Le massacre de la Saint-Valentin, deux ans plus tard à Chicago, en sera la dramatique apogée. Victime des gangs florissants de la prohibition, L’Oiseau blanc pourrait reposer non loin de cette côte française par faible profondeur, dans une zone où aucune recherche n’a jamais encore été effectuée.
Thierry Vigoureux (Le Figaro, 15 novembre 2007)
11:59 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15.11.2007
Les capucins en grève contre les inégalités de salaire
Le célèbre primatologue Frans de Waal démontre, au cours d’une expérience avec des grains de raisin et des rondelles de concombre, l’aversion de ces primates à l’iniquité.
Que fait un singe capucin s’il finit par remarquer qu’il est moins bien rétribué que son voisin pour un même travail ? Il cesse toute collaboration et entame une grève sur le tas, indique une étude faite sous la houlette du célèbre primatologue Frans de Waal (PNAS, 13 novembre 2007). Elle démontre que les capucins ont une «aversion pour l’iniquité» et sont sensibles à la récompense qu’ils reçoivent non seulement par rapport à l’effort fourni mais aussi par rapport aux autres. Dans le test, ils finissent par se mettre en colère lorsqu’en échange d’un jeton, ils ne reçoivent qu’une tranche de concombre au lieu d’un grain de raisin comme leur voisin. Ils vont même jusqu’à jeter en l’air le jeton et la nourriture, qu’ils auraient acceptés sans élément de comparaison.
En 2003, Sarah Brosnan et Frans de Waal, de l’Université Emory à Atlanta (États-Unis), avaient déjà annoncé cette aversion chez les capucins mais on pouvait encore l’attribuer à leur frustration de ne pas obtenir pour le même effort des raisins restés à portée de leur vue, ou à une forme de revendication pour cette récompense plus prisée qu’ils ont pu avoir l’occasion de consommer par le passé. Bref, à quoi bon travailler pour des concombres quand on peut avoir du raisin ?
«Nous avons pu rejeter cet argument, précise Frans de Waal, parce que lorsque les deux singes recevaient tous deux un morceau de ce légume alors que nous leur montrions du raisin à l’extérieur de l’enclos ils réagissaient encore de la même manière que dans les tests équitables. Ce qui signifie que leur réaction négative à l’iniquité n’est pas tant due à la présence ou à l’attente d’une meilleure récompense qu’au fait que l’autre fait une meilleure affaire.» L’aversion à l’iniquité était aussi proportionnelle au travail fourni : les singes s’attendaient aussi à gagner plus en travaillant plus, et réagissaient d’autant plus que leur propre récompense leur paraissait dérisoire.
Rétribution collective
D’où vient chez les singes capucins une telle sensibilité à un traitement qui leur paraît inégal ? Dans son passionnant ouvrage Le Singe en nous paru l’an passé, Frans de Waal explique que les capucins, vivant dans les forêts d’Amérique centrale et du Sud doivent s’entraider pour pouvoir chasser de grosses proies comme les écureuils géants. La question de la rétribution collective devient alors cruciale pour pouvoir compter sur les autres lors d’une prochaine chasse. «Nous pensons que le sens d’une récompense proportionnée à l’effort fourni peut se développer dans un contexte de coopération, explique de Waal. Les capucins sont parmi les singes les plus intelligents, Ils ont peut-être une sensibilité innée à ce qu’ils reçoivent en fonction de ce qu’ils font, puis leur sens de l’équité se développe en comparant avec les autres.» Chez les chimpanzés, de Waal et Brosnan ont montré en 2004 une même aversion pour l’iniquité, mais elle se révèle moins violente lorsque le bénéficiaire est un familier du singe testé, marque encore hypothétique d’une sympathie absente chez tous les autres singes.
Cette émergence du sens de l’équité dans une société où la coopération est de mise montre que des considérations sociales peuvent intervenir dans les choix économiques des individus, l’émotion dictant alors des réactions qui seraient jugées irrationnelles chez un individu isolé. Cette recherche rejoint ainsi les travaux de Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie en 2002, sur l’importance que peut prendre la psychologie et les émotions dans les décisions économiques. Chez tous les singes cependant, l’aversion pour l’iniquité de traitement disparaît s’ils n’en sont que les spectateurs. Les chercheurs ont constaté que les chimpanzés comme les capucins paraissent plutôt se réjouir d’une situation inéquitable s’ils en sont les bénéficiaires. Ce n’est que chez certains êtres humains qu’apparaît finalement l’aversion au fait de bénéficier indûment de privilèges au regard de leurs congénères, qu’ils soient proches ou totalement étrangers.
Pierre Kaldy (Le Figaro 15 novembre 2007)
19:28 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
14.11.2007
Resistance Is Surrender
One of the clearest lessons of the last few decades is that capitalism is indestructible. Marx compared it to a vampire, and one of the salient points of comparison now appears to be that vampires always rise up again after being stabbed to death. Even Mao’s attempt, in the Cultural Revolution, to wipe out the traces of capitalism, ended up in its triumphant return.
Today’s Left reacts in a wide variety of ways to the hegemony of global capitalism and its political supplement, liberal democracy. It might, for example, accept the hegemony, but continue to fight for reform within its rules (this is Third Way social democracy).
Or, it accepts that the hegemony is here to stay, but should nonetheless be resisted from its ‘interstices’.
Or, it accepts the futility of all struggle, since the hegemony is so all-encompassing that nothing can really be done except wait for an outburst of ‘divine violence’ – a revolutionary version of Heidegger’s ‘only God can save us.’
Or, it recognises the temporary futility of the struggle. In today’s triumph of global capitalism, the argument goes, true resistance is not possible, so all we can do till the revolutionary spirit of the global working class is renewed is defend what remains of the welfare state, confronting those in power with demands we know they cannot fulfil, and otherwise withdraw into cultural studies, where one can quietly pursue the work of criticism.
Or, it emphasises the fact that the problem is a more fundamental one, that global capitalism is ultimately an effect of the underlying principles of technology or ‘instrumental reason’.
Or, it posits that one can undermine global capitalism and state power, not by directly attacking them, but by refocusing the field of struggle on everyday practices, where one can ‘build a new world’; in this way, the foundations of the power of capital and the state will be gradually undermined, and, at some point, the state will collapse (the exemplar of this approach is the Zapatista movement).
Or, it takes the ‘postmodern’ route, shifting the accent from anti-capitalist struggle to the multiple forms of politico-ideological struggle for hegemony, emphasising the importance of discursive re-articulation.
Or, it wagers that one can repeat at the postmodern level the classical Marxist gesture of enacting the ‘determinate negation’ of capitalism: with today’s rise of ‘cognitive work’, the contradiction between social production and capitalist relations has become starker than ever, rendering possible for the first time ‘absolute democracy’ (this would be Hardt and Negri’s position).
These positions are not presented as a way of avoiding some ‘true’ radical Left politics – what they are trying to get around is, indeed, the lack of such a position. This defeat of the Left is not the whole story of the last thirty years, however. There is another, no less surprising, lesson to be learned from the Chinese Communists’ presiding over arguably the most explosive development of capitalism in history, and from the growth of West European Third Way social democracy. It is, in short: we can do it better. In the UK, the Thatcher revolution was, at the time, chaotic and impulsive, marked by unpredictable contingencies. It was Tony Blair who was able to institutionalise it, or, in Hegel’s terms, to raise (what first appeared as) a contingency, a historical accident, into a necessity. Thatcher wasn’t a Thatcherite, she was merely herself; it was Blair (more than Major) who truly gave form to Thatcherism.
The response of some critics on the postmodern Left to this predicament is to call for a new politics of resistance. Those who still insist on fighting state power, let alone seizing it, are accused of remaining stuck within the ‘old paradigm’: the task today, their critics say, is to resist state power by withdrawing from its terrain and creating new spaces outside its control. This is, of course, the obverse of accepting the triumph of capitalism. The politics of resistance is nothing but the moralising supplement to a Third Way Left.
Simon Critchley’s recent book, Infinitely Demanding, is an almost perfect embodiment of this position.[*] For Critchley, the liberal-democratic state is here to stay. Attempts to abolish the state failed miserably; consequently, the new politics has to be located at a distance from it: anti-war movements, ecological organisations, groups protesting against racist or sexist abuses, and other forms of local self-organisation. It must be a politics of resistance to the state, of bombarding the state with impossible demands, of denouncing the limitations of state mechanisms. The main argument for conducting the politics of resistance at a distance from the state hinges on the ethical dimension of the ‘infinitely demanding’ call for justice: no state can heed this call, since its ultimate goal is the ‘real-political’ one of ensuring its own reproduction (its economic growth, public safety, etc). ‘Of course,’ Critchley writes,
history is habitually written by the people with the guns and sticks and one cannot expect to defeat them with mocking satire and feather dusters. Yet, as the history of ultra-leftist active nihilism eloquently shows, one is lost the moment one picks up the guns and sticks. Anarchic political resistance should not seek to mimic and mirror the archic violent sovereignty it opposes.
So what should, say, the US Democrats do? Stop competing for state power and withdraw to the interstices of the state, leaving state power to the Republicans and start a campaign of anarchic resistance to it? And what would Critchley do if he were facing an adversary like Hitler? Surely in such a case one should ‘mimic and mirror the archic violent sovereignty’ one opposes? Shouldn’t the Left draw a distinction between the circumstances in which one would resort to violence in confronting the state, and those in which all one can and should do is use ‘mocking satire and feather dusters’? The ambiguity of Critchley’s position resides in a strange non sequitur: if the state is here to stay, if it is impossible to abolish it (or capitalism), why retreat from it? Why not act with(in) the state? Why not accept the basic premise of the Third Way? Why limit oneself to a politics which, as Critchley puts it, ‘calls the state into question and calls the established order to account, not in order to do away with the state, desirable though that might well be in some utopian sense, but in order to better it or attenuate its malicious effect’?
These words simply demonstrate that today’s liberal-democratic state and the dream of an ‘infinitely demanding’ anarchic politics exist in a relationship of mutual parasitism: anarchic agents do the ethical thinking, and the state does the work of running and regulating society. Critchley’s anarchic ethico-political agent acts like a superego, comfortably bombarding the state with demands; and the more the state tries to satisfy these demands, the more guilty it is seen to be. In compliance with this logic, the anarchic agents focus their protest not on open dictatorships, but on the hypocrisy of liberal democracies, who are accused of betraying their own professed principles.
The big demonstrations in London and Washington against the US attack on Iraq a few years ago offer an exemplary case of this strange symbiotic relationship between power and resistance. Their paradoxical outcome was that both sides were satisfied. The protesters saved their beautiful souls: they made it clear that they don’t agree with the government’s policy on Iraq. Those in power calmly accepted it, even profited from it: not only did the protests in no way prevent the already-made decision to attack Iraq; they also served to legitimise it. Thus George Bush’s reaction to mass demonstrations protesting his visit to London, in effect: ‘You see, this is what we are fighting for, so that what people are doing here – protesting against their government policy – will be possible also in Iraq!’
It is striking that the course on which Hugo Chávez has embarked since 2006 is the exact opposite of the one chosen by the postmodern Left: far from resisting state power, he grabbed it (first by an attempted coup, then democratically), ruthlessly using the Venezuelan state apparatuses to promote his goals. Furthermore, he is militarising the barrios, and organising the training of armed units there. And, the ultimate scare: now that he is feeling the economic effects of capital’s ‘resistance’ to his rule (temporary shortages of some goods in the state-subsidised supermarkets), he has announced plans to consolidate the 24 parties that support him into a single party. Even some of his allies are sceptical about this move: will it come at the expense of the popular movements that have given the Venezuelan revolution its élan? However, this choice, though risky, should be fully endorsed: the task is to make the new party function not as a typical state socialist (or Peronist) party, but as a vehicle for the mobilisation of new forms of politics (like the grass roots slum committees). What should we say to someone like Chávez? ‘No, do not grab state power, just withdraw, leave the state and the current situation in place’? Chávez is often dismissed as a clown – but wouldn’t such a withdrawal just reduce him to a version of Subcomandante Marcos, whom many Mexican leftists now refer to as ‘Subcomediante Marcos’? Today, it is the great capitalists – Bill Gates, corporate polluters, fox hunters – who ‘resist’ the state.
The lesson here is that the truly subversive thing is not to insist on ‘infinite’ demands we know those in power cannot fulfil. Since they know that we know it, such an ‘infinitely demanding’ attitude presents no problem for those in power: ‘So wonderful that, with your critical demands, you remind us what kind of world we would all like to live in. Unfortunately, we live in the real world, where we have to make do with what is possible.’ The thing to do is, on the contrary, to bombard those in power with strategically well-selected, precise, finite demands, which can’t be met with the same excuse.
Slavoj Zizek - London Review of Books (novembre 2007)
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